Lettre ouverture à mon Fils,
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Article N°22258

Lettre ouverture à mon Fils,

Mon Grand,

Tu sais à quel point je t'aime et à quel point je suis fière de toi. Mais ce n'est pas  cet amour et cette fierté qui alimenteront cette lettre.

Cette lettre est pour te dire à quel point je suis désolée, à quel point je m'en veux. Je voulais tant te protéger que je n'ai pas regardé plus loin que la vraie vie. Pourtant je te promets que cette vraie vie j'y croyais vraiment, viscéralement.

 

Je suis désolée de t'avoir fait aimer les livres en te disant que le premier endroit où tu peux voyager c'est dans une bibliothèque ou une librairie car ils sont en train d'exterminer les libraires.

Je suis désolée quand je t'ai imposé d'avoir l'esprit ouvert, de ne pas te contenter d'une seule version et d'analyser tout ce que tu pouvais,  pour avoir ta propre opinion mais les algorithmes dirigent notre façon de penser, nous imposent des envies, des besoins.

Je suis désolée de t'avoir mis entre les mains un instrument de musique en te disant "il te permettra de t'évader ou de faire rêver les autres". Je ne savais pas qu'il faudrait que tu leurs donnes tes compositions sans être payé ou valorisé pour qu'ils engrangent un peu plus de chiffre d'affaires.

Je suis désolée de t'avoir fait croire que pour évoluer nous devons nous nourrir de la culture des autres, aujourd'hui ils nous divisent en nous imprégnant de haine. Même les drames des guerres passées ne nous font plus réfléchir.

Je suis désolée de t'avoir fait croire combien il était magique de faire pousser des plantes, demain tu ne pourras plus car il te suffira de cliquer sur ton Smartphone pour qu'elles arrivent chez toi sans se soucier si la planète va bien.

Je suis désolée de t'avoir dit, quand tu étais tout petit,  combien il était fascinant de regarder les mains  d'un paysan ou d'un sculpteur et te plonger, après, dans leurs yeux. Combien ces mains te racontent leur travail et combien la passion de leur métier scintille dans leurs yeux. Demain il n'y aura plus de paysans, quant aux sculpteurs, ils travailleront en 3D.

Mais demain, il n'y aura plus non plus de petits commerçants, de petits artisans, de chanteurs de rue, d'artistes, d'oiseaux, d'abeilles, de papillons, de coquelicots.

Par contre, tous, têtes baissées sur nos écrans, nous consommerons à outrance et penserons à l'unisson, drogués aux informations sensationnelles et rêves virtuels qui auront pris possession de notre libre arbitre.

Mais le pire, Amour, c'est que nous croyons tous, déjà, que nous avons, chaque jour notre heure de gloire car à chaque post, nous sommes likés, accros à cette célébrité "algorthimée" et si par malheur, un commentaire négatif vient troubler notre prose combative, nous voilà pris d'une névrose pathogène, prêt à prendre les armes virtuelles avec pour munitions insultes et  haine.

Quand je te parlais de visiter le monde, je ne pensais pas au monde 3.0.

Quand je te parlais de rencontrer d'autres cultures, je ne pensais pas à des pages ou à des groupes.

Quand je te disais qu'il était important d'avoir des rêves, je ne parlais pas de surconsommation.

Et je ne savais surtout pas que je vendrais, tacitement, tes données, ta vie pour permettre aux géants du net de faire du profit. Je ne savais que tu ne pourrais plus écrire, bouger penser sans être espionné pour mieux t'empoisonner.

En tant que maman, je n'ai pas le droit de laisser faire. La traite d'humains est interdite et pourtant nous y contribuons volontairement.

Mon amour, tu sais à quel point je t'aime et aujourd'hui tu es devenu un homme dont je suis fière.

En tant que maman, j'ai un dernier travail à faire pour toi, mais aussi pour Louise, Maëlle, Ulysse, Marius, Yuna,  Dylan, Laura, Max, Teddy, ... et vos futurs enfants.

Aujourd'hui je pars en résistance contre les GAFAs, je refuse de vous vendre, je refuse qu'ils tuent votre économie de proximité, vos abeilles, et vos rêves. Je refuse qu'ils dirigent votre vie.

Tu sais, au mieux je vais passer pour une illuminée, au pire, si je représente un danger, je...............................

Sauf si d'autres mamans, me rejoignent. Comme j'aimerais y croire mais ils m'ont fait perdre confiance en l'humain.

Je t'aime mon Fils.

Maman







 

Gaëlle Laborie

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  • examarieclaire :11/02/2019 19:21:59 Chapeau Gaëlle ! Tu es fière de ton fils et je crois qu'il peut aussi être très fier de sa maman ! Ce texte est tellement "vrai", tellement beau mais terriblement effrayant... Il nous faut pourtant être optimiste Gaëlle et croire en nos enfants. Ils ne peuvent pas oublier tout ce qu'on leur a appris ! Faisons leur confiance. ça commence à germer autour de nous ; ils se redressent nos enfants ; ils ne feront pas tous les mêmes bêtises et choix que nous avons fait par ignorance. Je crois en nos enfants mais ta lettre doit participer à leur "réveil" et au nôtre, nous les parents. Aidons les à reprendre les rênes pour qu'ils puissent vivre dans un monde toujours aussi beau que celui que nous avons connu. MERCI GAELLE
  • Gaelle-Laborie :11/02/2019 19:13:06 Merci Marie-Claire, Tu ne peux pas imaginer combien ton commentaire ici me fait du bien. J'ai confiance en nos enfants et nous devons les aider, effectivement, à reprendre les rênes.